Un café sans Prince sur la crête

Un café sans Prince sur la crête
Voie lacté au dessus de Lélex

Je vais faire aujourd’hui quelque chose que je repousse depuis si longtemps. Poser des mots les uns derrière les autres sans qu’il ne soit question de technique, d’informatique, de mettre des Dockers dans des Dockers ou encore d’empiler des Kubes. Si vous ne comprenez rien à Docker ou à Kubernetes, cela n’a aucune importance ici.

Lors de mes temps perdus je photographie, tout et rien. J’apprends l’art de composer, cadrer, déclencher, pour raconter une histoire, figer un moment dans l’éternité. C’est un peu comme la programmation, mais en beaucoup plus subjectif… Un jour je suis tombé sur des images d’astrophotographie. Celles faites dans un désert inconnu, ou de rares arbres fossilisés donnent le change à la voie lactée. Ces images sont sublimes, elles nous offrent une facette de notre environnement que nous avons rarement la chance de pouvoir observer. J’ai eu envie d’essayer, moi aussi, attraper la voie lactée.

Si trouver des explications techniques sur comment réaliser ce genre de photo est facile, trouver le bon emplacement est une autre paire de manche.

Par un chaud samedi après-midi d’Août Bourguignon, avec risques d’orages, nous sommes partis à Lélex dans le Jura pour un « Trek » d’un weekend. Juste une nuit au-dessus de la montagne.

Quand je dis « nous », c’est que cette expérience je ne l’aurais jamais réalisé seul. Car partir en « Trek » (je le mets entre guillemets car je ne suis pas certain que l’on puisse appeler cette excursion un Trek, je vous laisse donc seul juge) quand on ne là jamais fait auparavant, ça me semblait assez suicidaire. C’est donc avec mon ami de longue date, Joe, que nous avons pris le chemin pour gravir cette montagne. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’étais pas prêt, mais pas du tout…

Si Joe a été élevé dans la pratique de la marche en montage et des joies du camping sauvage, ce n’est pas mon cas. Je suis un informaticien sédentaire en surcharge pondérale (c’est une amusante litote pour ne pas dire que je suis gros…), habitué au confort douillet d’un logement avec toutes commodités. Alors partir comme cela, pour une nuit dans un environnement inconnu sans la sécurité d’un point d’eau constant en plein été, oui, cela peu être considéré comme partir à l’aventure.

Sur la route jusqu’à Lélex, le temps était nuageux, menaçant, mais un Joe confiant ne cessait de me répéter « T’inquiète on va par là-bas, y aura pas de nuage ! »

Et effectivement, à Lélex, pas un seul gros nuage, rien que quelques Cirrus s’attardant mollement dans le ciel.

Mon cher ami, qui a tout organisé, que ce soit le contenu de notre paquetage ou notre itinéraire, a dans son infinie bonté choisi un démarrage en douceur pour m’épargner la déconvenue d’une ascension trop épuisante.

Télécabine Catheline
Télécabine

La première partie nous l’avons faite confortablement assis dans la télécabine de la ligne Catheline accessible près de l’office de tourisme du village de Lélex.

C’est après que ça se corse (aucun lien avec l’île de beauté…). Nous avons commencé à suivre Anémones, une piste verte lorsque la neige recouvre ce chemin large et peu pentu. Nous avons ensuite croisé la piste rouge Asters et suivit sa courbe. Puis nous nous sommes engouffrés dans des petits chemins forçant la marche à la queuleuleu. La pente n’est pas difficile, enfin, si vous êtes équipés d’un sac à dos fait pour votre morphologie, pas comme moi qui est emprunté celui de ma chère et tendre… ça frotte au niveau des épaules et le poids du sac devient de plus en plus inconfortable et insupportable à chaque pas. Ajouter à cela une condition physique déplorable, un trépied studio (pas fait pour la rando), du matériel photos qui pèse un âne mort et un Joe qui avance comme un cabri, vous obtenez une jolie recette pour faire souffrir l’homme que je suis.

Cela aurait pu sonner le glas de cette excursion. Mais la nature a un charme fou pour lequel je suis prêt à endurer beaucoup.

À la vue de ma détresse physique (en nage, tout rouge, chemise trempée, haletant comme un chien qui aurait oublié le goût de l’eau), Joe pose son sac et déclare que ce bout de montagne sera notre gîte pour ce soir. Nous nous sommes arrêtés à mi-chemin du crêt de la Neige.

C’est beau. Difficile d’exprimer ce que l’on ressent lorsque l’on parvient à la crête. Cette vue sur les vallées qui nous entourent, Genève et son lac en contrebas. Il n’y a que nous. Pas un bruit. Seul le vent s’exprime à travers les branches des conifères et sa caresse sur l’herbe. Je revis. Loin de la technologie omniprésente, loin du bruit incessant des villes et de ses odeurs indésirables, loin des autres.

Je profite de l’instant présent sans plus penser à l’après.  

Une fois la tente bien ancrée au sol, on s’assoit au sol, sur l’herbe, et partageons un saucisson bienvenu. Ma crainte de manquer d’eau fait que je bois peu. J’ai peur que trois litres par personne soit trop peu. Je me trompe et cela me jouera des tours, mais je ne le sais pas encore.

(Instant réclame) Le soir venu nous sortons des plats de bolognaises déshydratés proposés par Décathlon. C’est agréable de manger chaud avec le vent qui, lui, nous refroidi. Contre toute attente, un sachet suffit à nous rassasier, et nous avons été agréablement surpris par la qualité gustative du produit. (Fin de la réclame)

Un petit somme avant l’arrivée de la nuit. Car c’est surtout pour elle que je me suis donné tant de mal à gravir cette montagne. Cela faisait plusieurs mois que je rêvais de cette nuit. Pouvoir tutoyer les étoiles en espérant capturer la voie lactée.

La nuit a été froide. Pas de gant, une polaire et en guise de bonnet une simple casquette. Quand je pense à ma famille qui elle doit avoir trop chaud. Mais être seul debout face à l’obscurité englobante et avoir comme spectacle ces lumières scintillantes accrochées au ciel, ça motive et permet de rester éveillé, tard. Suffisamment pour pouvoir photographier celle que j’étais venu chercher. Elle s’est montrée dans toute sa splendeur et nous a offert ce tableau à contempler.

Sans le savoir, lors de mes déclenchements acharnés pour ne pas en perdre une miette, le filé d’étoiles filantes est venu impressionner le capteur de mon appareil photo. C’est une des joies que procure la photographie, découvrir après coup que la nature nous a offert plus que nous le pensions.

J’étais venu pour la nuit et Joe pour le lever du soleil. Autant dire le repos n’a pas été suffisant. Je vous ai dit que j’avais peur de manquer d’eau. Et bien, le manque d’eau provoque de violentes crampes aux muscles qui ont été sollicités. Les jambes dans mon cas. Des crampes à en rester bloqué à quatre pattes dans la tente à me faire pousser dehors pour pouvoir décrisper ses satanés muscles… Maintenant, contrairement à John Snow, je sais. !

Le lever de soleil sur Genève est un spectacle aux saveurs douces et diffuses. La lumière orangée du soleil matinal se reflète sur le lac, elle glisse dessus comme une Felouque sur le Nil. Toute la montagne baigne dans cette douce clarté et teinte chaque plante d’une lumière nouvelle.

Levé du soleil sur le lac de Genève

C’est aussi pour nous le moment de prendre le petit déjeuner. Et aussi le moment de se rendre compte que le paquet de gâteau que je devais emmener (la seule nourriture que j’aurais dûe porter), est resté à la maison. Je pense que dans dix ans ou plus j’en entendrais encore parler…

Quoi qu’il en soit, une cafetière Bialetti (Ho ! Non, par Torvald ! Encore une réclame !) sur un réchaud et ensuite pouvoir apprécier un bon café, chaud, entouré de toute cette nature, ça n’a pas de prix. Cela vaut vraiment la peine de souffrir pour voir ce que la nature possède de si beau.

Avant 8h, la tente repart dans son sac, les affaires sont rangées, le campement laissé vierge de tout résidu de notre présence. Puis, nous prenons le chemin du retour jusqu’aux télécabines, fatigués. Il faut faire attention à chaque pierre sur lesquelles nos pas se posent, pour ne pas tomber, trébucher. L’herbe est encore humide de la fraicheur de la nuit, mais le soleil la sèche bien vite. Plus bas, entre les hauts épicéas, la terre est boueuse et le chemin glissant. Nous déplorons, avec sourires et grandes claques dans le dos, quelques glissades qui ont laissées des traces de boue à l’arrière de nos pantalons. Mais, c’est heureux, avec l’envie de recommencer, que cette aventure se termine avec des croissants et encore du café.

Si ces photos ou textes vous ont donné envie d’essayer et partir à l’aventure, voici avec quoi nous sommes partis (c’est donc un inventaire pour deux personnes et le moment de faire de la publicité de façon complètement désintéressée (non, Décathlon ne nous sponsorise pas, ils font juste du bon matériel)).

Pour la marche

  • Sac à dos 70L et 40L (40L c’est trop petit…)
  • Bâtons de randonnée, ça peut paraitre superflu mais c’est super utile !
  • Chaussures de randonnée, à sérieusement préférer aux tongs, vos chevilles vous remercierons. Je suis parti avec celle-là – Chaussures de randonnée nature NH500 kaki/orange homme QUECHUA – elles coûtent max 40€ alors ne vous privez pas. Certes ce ne sont pas les meilleures, surtout au niveau maintien de la cheville, mais elles sont confortables et sèchent très rapidement (ce qui est pratique quand on fait l’andouille dans l’eau avec). Joe lui est mieux équipé – Chaussures de trekking montagne TREK700 homme FORCLAZ – et les siennes sont anti-dérapantes.

Pour le campement

Pour faire la cuisine

  • Un petit et léger réchaud de ce genre
  • Une Cartouche de gaz à vis power gas 100 grammes pour réchaud PRIMUS et Joe ne jure que par ça ! Car selon lui, elle contient plus de gaz et permet de chauffer plus efficacement, donc dure plus longtemps. Et je confirme, ça chauffe fort…
  • Gamelle pour faire chauffer de l’eau, de ce genre (pas moyen de retrouver le produit que nous avons utilisé…)
  • Bialetti Moka Expresse 3 tasses (je l’aime cette cafetière ❤)

De quoi manger

  • Un saucisson sec pour son apport en sel
  • Un melon pour sa fraicheur et son eau
  • 6 litres d’eau dans des gourdes de 1 litre, soit 3 par personnes. C’est suffisant, pour un campement d’une nuit, mais gare au gaspi.
  • Pâtes à la bolognaise, deux sachets. Ça parait un peu léger à première vue comme repas, mais cela tient au ventre.

Le matériel photo, sans donner de marque, comme cela vous faite avec celle que vous aimez

  • Réflex plein format
  • Téléobjectif 28-300mm f/3.5-5.6
  • Deux batteries (les photos nocturnes sont gourmandes en énergie)
  • Cartes mémoires vides, de quoi mitrailler tranquillement
  • Trépied solide et capable de supporter votre appareil photo sans broncher !
  • Télécommande sans fil pour déclencher sans provoquer d’effet de bougé
  • Du ruban adhésif (Arnaud Thierry du « Studio de poche », vous explique à quoi il sert)
  • Une lampe de poche ou frontale avec lumière rouge
  • Un smartphone avec un logiciel de cartographie du ciel (Sky Map pour Android par exemple)

Ce qui nous a manqué

  • Les gâteaux Prince de LU (mea culpa)
  • Des gants simples
  • Un bonnet
  • Une coupure électrique de l’éclairage public de la ville de Genève…

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